Coaching sportif Paris

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Interview de Richard Douieb : fondateur de la Fédération Européenne de Krav-maga

Interview de Richard Douieb par Arnaud Laizé

Richard Douieb : fondateur de la FEKM et professeur de Krav-maga

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Interview de Richard Douieb,  professeur de krav-maga, ceinture noire.

 

Il a été formateur officiel et exclusif du GIGN en self défense de 1993 à 2005 et est le fondateur de la Fédération Européenne de Krav-Maga (FEKM). C'est un technicien pluri-disciplinaire, considéré comme le pivot indiscutable du développement du Krav_maga en Europe. Richard  Douieb a réussit le difficile alliage d'accomplir d'une part un travail considérable à travers son enseignement et une formation de qualité des instructeurs et d'autre part le respect de  l'enseignement du Maître Lichtenfeld. Il a posé les fondements d'une structure supra-nationale du Krav-maga et porte aujourd'hui la responsabilité de la FEKM qui fédère la majorité des associations de krav-maga en France et une bonne partie en Europe tout en supervisant un programme d'enseignement technique respectant l'héritage du fondateur Imi Lichtenfeld.

 

 

 

1) Bonjour Richard Douieb, pourriez-vous vous présenter et nous raconter un peu votre parcours sportif ?

Bonjour Arnaud, j’ai commencé par la natation que j’ai pratiquée de 9 ans à 16 ans. De 13 ans à 16 ans j’allais en parallèle faire de la gymnastique sportive, sol et agrès. C’était au gymnase Japy à Paris. Il y avait de la boxe au sous-sol, j’ai pu en faire un peu en cachette de mes parents. A 16 ans ma famille et moi-même sommes retournés en Israël. Je suis tout de suite allé au Kibbutz où j’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui bien qu’ayant un niveau très moyen de Krav-Maga m’a permis d’apprendre ce qu’il savait. Des cours de karaté étaient dispensés au Kibbutz mais le moniteur, qui était excellent, n’a pas voulu que je sois son élève. Ne sachant pas que j’y resterais un an et demi son refus m’a semblé compréhensible, sachant que j’aurais tout aussi bien pu y rester quelques semaines.

A 17 ans et demi je suis entré dans l’armée israëlienne chez les Golani, puis dans les commandos après 6 mois. De là-bas j’ai été envoyé faire un stage de moniteur militaire de Krav-Maga à Wyngate. C’est là que j’ai rencontré Imi la première fois. J’ai été impressionné par son élégance et sa gentillesse. De retour à mon unité j’ai donné des cours en même temps que j’exerçais mon rôle de soldat. J’ai été démobilisé suite à une blessure. Après un an en maison de repos je suis retourné à Natanya où j’ai à nouveau rencontré Imi Lichtenfeld qui y vivait. Je me suis inscrit chez ses premiers enseignants : Raphy Elgrissy et Eli Avicsar. Imi venait tous les jours nous donner une leçon magistrale dans le cours, ainsi que le matin au café Ougati de la place principale de natanya.

En 1980 je suis rentré en France où j’ai pratiqué le Ju-Jitsu, ai eu un titre de champion de France de Boxe Américaine, ai fait un peu de boxe-thaïe. En 87 j’ouvre la première école de Krav-Maga en Europe.

1988 Imi me donne la délégation, me nommant son représentant en Europe.

De 1980 à 1998 date du décès d’Imi Lichtenfeld, je suis retourné plusieurs fois par an pour continuer à apprendre le Krav-Maga sous sa supervision.

 

2) Le Krav-maga trouve ses origines dans des techniques de self-défense développées  par un ancien instructeur de la Haganah, maître Imi Lichtenfeld. Pourriez-vous nous parler un peu de cette rencontre et de l'influence qu'elle a eu sur votre parcours personnel ?

Imi n’est pas seulement le fondateur de cette discipline, il était un vrai Maître de vie, ouvert sur la vie, humaniste et curieux de tout. Je l’ai rencontré en fin d’adolescence, il a eu une influence très positive sur moi. J’ai bien entendu pu apprendre le Krav-Maga grâce à lui et le comprendre au-delà de la technique, mais j’ai pu aussi m’ouvrir sur la vie et développer mon esprit critique au sens général, apprendre à relativiser et prendre une distance avec certaines complications qui n’ont pas toujours l’importance qu’on leur accorde. Je lui dois énormément.

 

3) Indiscutablement, le Krav-maga entre dans une dimension martiale. Pourriez-vous nous expliquer ce qui fait selon vous la différence entre un sport de combat et un art martial ?

C’est le pratiquant qui va décider s’il pratique un sport de combat ou un art martial. Qu’est-ce qu’un art martial ? Une pratique guerrière qui permet l’épanouissement de celui qui la vit. On ne peut s’épanouir que si on vit dans la vérité. Un pratiquant de self-defense qui joue à faire semblant n’est pas dans la vérité, de même qu’un pratiquant d’arts martiaux dits traditionnels qui n’est pas impliqué dans une vraie recherche de vérité.

Un boxeur thaïe de compétition est dans le concret. S’il n’est pas impliqué et n’a pas fait la démarche pour être bon, il perd son combat. Pour moi cette personne pratique un art martial.

 

4) Le krav-maga permet-il de développer les qualités nécessaires et indispensables en cas d'agression réelle?

Oui si celui qui l’apprend est sincère dans son approche, et qu’il a un véritable enseignant, ce qui n’est pas gagné.

 

5) Y-at-il des qualités physiques et mentales particulières pour pratiquer le Krav-maga ?

Toutes les qualités logiques sont bonnes. Si le pratiquant est grand, lourd, athlétique, rapide, qu’il a une bonne motricité et une bonne coordination, ainsi qu’une bonne condition physique et un œil exercé, s’il est jeune et déterminé, il a des atouts considérables. Ce n’est pas pour autant si l’on n’a pas toutes ses qualités qu’il ne faut pas apprendre le Krav-Maga, car notre agresseur (si un jour nous en avons un) n’en sera peut-être pas lui-même doté, et qu’un bon apprentissage nous révèle à nous même.

 

6) Est-ce que le Krav-maga comprend un travail dans toutes les distances du combat ?

Oui bien entendu, nous ne devons rien négliger.

 

7)  Pourriez-vous nous expliquer à quoi ressemble un entraînement de krav-maga ?

Il s’agit d’un cours parce que nous avons des choses à apprendre. Dans ce cours il y a une partie entraînement pour améliorer la condition physique et ce que nous savons déjà.

Pré-échauffement, échauffement, mise en condition physique, sujet du cours, révision et éventuellement retour au calme, ce qui n’est pas absolument nécessaire pour un public jeune.

Dans l’échauffement et la mise en condition physique il peut déjà y avoir des révisions. Nous alternons les phases statiques (apprentissage de technique) et les phases dynamiques (développement de la condition physique et révisions en mouvement). Le programme technique dépend du niveau du cours : débutant, intermédiaire ou confirmés.

 

8) Qu'est-ce que la pratique du Krav-maga apporte à un pratiquant ? Et comme expert et représentant en France et en Europe, qu'est que la pratique vous a apportée dans votre développement personnel ?

En grattant un peu nous sommes à peu près tous pareil. Ce que le Krav-Maga m’a apporté il doit pouvoir l’apporter à tout le monde. J’ai eu la chance de côtoyer Imi Lichtenfeld pendant 24 ans, je me considère donc néanmoins comme privilégié. Vous comprenez bien pourquoi à ma réponse sur la question N° 2.

Au niveau moral et mental je dirais qu’il permet de rester sur les rails de la réalité, car tout est logique et pragmatique, contrairement à ce que l’on peut parfois trouver dans des disciplines qui viennent de l’extrême Orient, qui apportent parfois des rituels et une dimension quasi religieuse à leur art. En cela le Krav-Maga est très Européen et en parfaite adéquation avec nos mentalités.

 

9) Quelles sont selon vous les valeurs essentielles d'un combattant ?

Les critères physiques dont j’ai parlé plus haut, et au niveau mental la capacité à voir les choses en face et à se remettre en question.

 

10) Quel regard portez-vous sur le MMA et pensez-vous qu'il soit envisageable qu'un pratiquant de Krav-maga participe à ce genre de rencontre ?

Le MMA est un apport très intéressant pour les arts martiaux. Il a relégué toutes les vieilles croyances au grenier. Il était temps qu’une discipline 4x4 vienne dépoussiérer certaines pratiques issues de l’ère tertiaire. Beaucoup de principes que je remettais en question depuis des années ont trouvé leur confirmation avec l’arrivée de ce style de combat.

Il existe bien des similitudes entre nos deux approches mais aussi de très grandes différences, notamment dans leurs objectifs. Le MMA reste un sport avec des règles, le Krav-Maga peut être assimilé à un sport par l’esprit qui doit rester sportif, mais ne doit pas perdre de vue ce pourquoi il a été créé, c’est-à-dire la self-defense où tout est permis pour pouvoir se défendre le plus efficacement possible.

Si j’envoyais un combattant au MMA, je devrais lui désapprendre certaines réactions et certains conditionnements qui le feraient se disqualifier, et je l’entraînerais pour qu’il arrive au maximum de ses qualités physiques ainsi que de ses qualités techniques dans le cadre stricte des règlements autorisés. Ce qui est déjà arrivé chez nous avec des gens qui sont devenus champions de France de Full ou de Kick, et un de nos pratiquants, Franck Conejero, qui a remporté un combat international de free-fight.

Il ne faut pas oublier non plus que toute personne doit pouvoir apprendre le Krav-Maga pour pouvoir avoir un bon geste qui pourra sauver une vie, avant de prendre la fuite. Cela peut s’enseigner à quelqu’un qui n’est même pas sportif. C’est arrivé à un de mes élèves de Créteil qui à 15 ans a été inscrit sans envie par son père, a appris une technique de parade contre couteau en 10 Mn, et s’est sans doute sauvé la vie, ou en tout cas d’une grave blessure lors d’une agression au couteau dans le métro. Ce garçon n’était au départ ni motivé ni sportif.

 

11) Le Krav-maga est devenu une référence en matière de self-défense dans les écoles de police, les services de sécurité et pour le grand public. Comment est-il possible de contrôler la qualité de l'enseignement dispensé de manière à ce qu'il soit le plus fidèle possible aux qualités techniques et pédagogiques que vous véhiculer depuis 30 ans ?

En 1997 j’ai créé la FEKM pour cette seule raison de sauvegarder le Krav-Maga avec tout son contenu et ses principes. Le succès de notre discipline voit fleurir des enseignants s’auto proclamant comme tels, et n’ayant jamais suivi de vraie formation. La FEKM restera garante de cette qualité.

 

12) Que pouvons-nous vous souhaitez pour le futur ?

Nous sommes aujourd’hui la plus grande fédération existante en nombre de licenciés. Notre travail futur sera de conforter cette qualité et de continuer à mériter la confiance du public avec et malgré le développement à venir.

 

Merci pour votre disponibilité, la qualité de votre interview et le temps que vous nous avez accordé.

Merci à vous pour l’intérêt que vous portez à notre travail,

 

Richard Douieb

//www.krav-maga.net/

 



05/11/2013
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